C’est avec une très grande tristesse que nous avons appris aujourd’hui le décès de notre collègue John Lomas. Chimiste organicien, John a réalisé l’intégralité de sa carrière au sein du laboratoire ITODYS, laboratoire où il venait encore il y a peu de temps. Chercheur au CNRS, chargé puis directeur de recherche, il y a développé ses travaux de recherche à partir des années 1970, époque où le laboratoire déployait une activité importante en chimie organique physique, domaine de la chimie qui s’appuyait sur une intense activité de synthèse. John Lomas a d’ailleurs publié un glossaire des termes utilisés dans cette discipline. Cette activité pionnière consistait en l’étude de diverses réactions chimiques avec pour ambition d’en comprendre intimement les mécanismes avec la caractérisation d’éventuels intermédiaires.
Son terrain de prédilection dans cette discipline a été sans conteste l’étude de la réactivité des alcools, plus particulièrement tertiaires et très encombrés par des substituants volumineux. Ainsi, il s’est beaucoup intéressé au début de sa carrière, dans les années 70 à la déshydratation de ce type d’alcools dans un but synthétique pour accéder à des oléfines et qui présentent des propriétés inhabituelles. Il a mené des études cinétiques pour comprendre la réactivité de ces alcools et en détailler les mécanismes. Cela l’a amené à comprendre les effets de solvant, de substituants, de nucléophiles dans la réactivité de ces composés.
Dans sa volonté de comprendre les mécanismes en profondeur, John Lomas s’est naturellement tourné vers l’utilisation des outils informatiques et de la modélisation au début des années 80. A une époque où la chimie théorique commençait à se diffuser dans des laboratoires expérimentaux, John Lomas a très vite saisi l’intérêt de ces approches pour ses recherches. Dans un premier temps la modélisation moléculaire (il a publié un article remarquable de pédagogie sur la mécanique moléculaire dans L’actualité chimique en 1986) a été abondamment utilisée en combinaison avec des mesures RMN pour aborder les propriétés conformationnelles de divers alcools et en déterminer les barrières rotationnelles. Au sein du laboratoire, John Lomas a donc été l’un des premiers à publier des travaux où se mêlaient approches expérimentales et théoriques.
Au début des années 2000 et dans un second temps, John Lomas s’est initié aux calculs quantiques et DFT, montrant ainsi une grande fraicheur d’esprit et une soif d’apprendre une nouvelle discipline. Rapidement autonome, il s’est également intéressés aux théories de la description des liaisons (covalentes ou non-covalentes) basées sur l’analyse de la densité électronique (approche Quantum Theory of Atoms in Molecules – QTAIM). A l’aide de ces outils, John Lomas s’est intéressé aux propriétés des polyols qui présentent une exceptionnelle complexité conformationnelle contrôlée par l’établissement de nombreuses liaisons hydrogènes intramoléculaires et de leurs effets coopératifs. Ses études rigoureuses pour déterminer toutes les conformations possibles de ces systèmes très complexes, forcent l’admiration.
Tout au long de sa carrière, John Lomas a su tracer une route scientifique pertinente tout entière tourner vers la compréhension fine des propriétés d’alcools. Son ouverture scientifique lui a permis d’intégrer dans ses études des outils expérimentaux pointus comme la RMN, dont il était expert, ou théoriques comme les calculs quantiques statiques. Durant ces dernières années et au sein de l’équipe Sustainable Materials for Life – SML, il mettait sa culture scientifique et son expérience au service de nouvelles thématiques dédiées au développement de nanomatériaux hybrides pour des applications biomédicales et environnementales.
Au-delà de son travail de recherche, John Lomas s’est consacré sans relâche à l’aide éditoriale, tâche qui était inestimable pour le laboratoire. Par sa grande culture scientifique, sa facilité évidente pour la langue anglaise, il a contribué à l’amélioration d’un nombre incalculable d’articles que pouvaient lui soumettre des collègues désirant améliorer leurs textes. Ainsi, grâce à son apport pour faire en sorte que les articles de l’unité puissent être acceptés plus facilement, on peut considérer qu’il a grandement contribué à l’élévation du niveau des productions scientifiques de l’unité et par voie de conséquence à son rayonnement.
John Lomas était un scientifique particulièrement rigoureux, souhaitant aller au bout des choses pour tirer profit au maximum des données tant expérimentales que théoriques. Sans concessions autant envers lui-même que sur le travail des autres, doté d’un œil critique tant pour l’édition scientifique que pour le travail de recherche, John Lomas avait à cœur le travail bien fait. C’était assurément un artisan de la recherche ! Sa présence discrète mais au combien précieuse va nous manquer.
Nous adressons à sa famille et à ses proches nos plus sincères condoléances.